La balancerie à travers les âges

La Balancerie à travers les âges.

        Il peut paraître paradoxal sur un site de généalogie de parler d’un métier encore exercé par quelques personnes, mais celui-ci comme beaucoup d’autres métiers touchés par l’électronique, est en train de vivre ses dernières décennies du moins dans la forme qu’elle avait encore au XX° siècle. Le métier de Balancier n’existe pratiquement plus et est remplacé au fil des ans par celui d’électronicien. Comme beaucoup d’autres métiers disparus, les futurs généalogistes se poseront la question «c'était quoi un balancier?»

        La première balance

        C’est probablement l’habitude de soupeser les objets en les soulevant simultanément avec les deux mains pour en comparer les poids respectifs, qui aura fait naître l’idée de suspendre deux plateaux de même pesanteur à deux bras de leviers égaux basculant sur son axe.
        On ignore le nom de l’inventeur de la balance, on ne connaît pas davantage le lieu d’origine de cet instrument. L’origine Chaldéenne paraît plus probable que l’origine Égyptienne, car l’ordonnance des systèmes pondéraux Chaldéens a été copié par les Grecs, et qu’il n’en a pas été de même pour le système pondéral Égyptien. M. Soutzo maître en la matière pense à juste titre que la balance a été inventée pour mesurer les quantités relatives de petits fragments d’une matière très précieuse et très pesante. On a naturellement pensé à l’or, mais, comme l’invention de la balance remonte à une époque très reculée il se pourrait aussi que la matière en question ait été le bronze, dont les moindres parcelles avaient à l’origine une grande valeur, et servaient à faire des aiguilles, des pointes, des armes......La main d’oeuvre des objets-monnaie les plus employés, haches, chaudrons, trépieds.......ne représentait en général qu’une très faible partie du prix de ces objets, et leur valeur réelle résidait surtout dans la quantité de métal nécéssaire à leur fabrication. La balance permis de mesurer exactement cette quantité, on cessa de recevoir ces objets à la pièce, et l’on exigea la vérification de leur poids. Le poids-monnaie remplaça l’objet-monnaie.
Dans les langues Sémitiques Peser et Payer sont des mots synonymes.


        Réglementation des transactions commerciales

        Dans l’antiquité, chez les Grecs et les Romains, les autorités administratives réglementèrent avec le plus grand soin, dans les États, provinces, régions ou ville, la surveillance du pesage et du mesurage, pour assurer l’honnêteté des ventes au point de vue de la qualité du poids et du prix de la marchandise. Leur deuxième tache était de contrôler les professionnel du pesage: «s’assurer que les instruments de pesage soient toujours solidement construit et que les balances justes et parfaites, soient toujours loyale et marchandes, tant par la qualité de leur éléments constitutifs, que par la qualité des hommes qui les construisent, les réparent ou les vendent. (le service des poids et mesures était né, ce vocable bien qu’explicatif n’existe plus aujourd’hui, il est noyé au sein la DRIRE – Direction Régionale de l’Industrie de la Recherche et de l’Équipement........)
Cliquer sur les images

Plateau de balance en terre
cuite d’origine Spartiate
(VI siècle 560 avant J-C)
Gravure Égyptienne


Balance de changeur sous Louis XV – vers 1750 -



        La première balance automatique ?

        Aux environs de la fin du XV siècle, Léonard de Vinci, exécuta un tableau «vierge aux balances» dans un de ses nombreux carnets, on trouve la description d’une balance singulière, il semble bien qu’il l’avait effectivement construite. Elle présentait une particularité remarquable: quel que fût le degré d’inclinaison de la surface sur laquelle l’appareil était posé, la précision des indications obtenues n’en était pas afféctée.
        Mais il ne s’agit là que d’une anticipation. Quatre siècles seront pourtant nécessaires pour arriver à la transformer en réalité...... !!

        La balance Roberval

        Gilles PERSON né en 1602 à Roberval en Picardie près de Beauvais, professeur de philosophie au collège Gervais à Paris et titulaire d’une chaire de mathématique au collège de France inventa en 1669 une balance dont le principe diffère des autres en ce que les plateaux au lieu de pendre au-dessous du fléau, sont placé au dessus.
Balance Roberval Romaine à coupe (existe avec un crochet)



        La balance à ressort

        En 1680, un homme de métier le sieur BARDONNEAU «Maître Balancier à Limoges» inventa une balance sans poids pour peser les monnaies qui ont cours dans le Royaume par le moyen d’un ressort caché. (l’aiguille coulisse jusqu’au repère depuis le demi-Louis jusqu’a l’écu)
        Le 5 juillet 1765 Le sieur HANIN de Saint Martin (pays de Caux) présente à l’Académie Royale des Sciences un peson à ressort de son invention auquel il a adapté une aiguille qui indique le poids.

Peson Cylindrique

Peson ou Dynamomètre ordinaire



        Bascule et pont bascule

        En 1741 un charpentier Anglais de Birmingham John WAYTT imagina le principe du levier compensé, grâce à quoi il pût inventer la bascule puis plus grand le pont bascule.
Bascule à romaine Pèse-bétail à double romaines



        Joseph BÉRANGER

        Né en 1802 à Prissé (Saône et Loire). Par ces écris, conférences, brochures, lettres circulaires, il organisa une propagande infatigable en faveur des mesures et poids nouveaux (système métrique toujours employé de nos jours)
        De simple ouvrier chez le sieur TURPIN, en 1827 il fonda 10 cour du Trocadéro à Lyon Brotteau ses propres ateliers qui occupaient 300 personnes. En 1857 son gendre transporta les établissements CATENOT-BÉRANGER à La Mulatière. CATENOT mourut en 1863. En 1866 sa veuve épousa M. TRAYVOU qui prit la direction régionale des affaires.
- La Sté Trayvou existe toujours -

Pont Bascule ( pesage des camions )



        Le trébuchet

        Lavoisier 1743/1794 introduisit dans les laboratoires de chimie le trébuchet qui devint désormais l’instrument indispensable de toutes les analyses.
Trébuchet de précision Trébuchet de haute précision
Sous cage de verre



        Le pesage mécanique au XX° siècle

        Le pesage mécanique demandait de très bons ajusteurs, de la précision des rapports entre couteaux dépend la justesse de l’appareil, uniquement avec la lime ou avec une pierre pour les couteaux trempés, l’ordre de précision est de 1/10 voir même de 1/100° de millimètre.

Balance semi automatique

Bascule automatique


Bascule compteuse



        Le pesage électronique

        Après bien des hésitations et d’essais, le principe qui semble prendre le dessus est schématiquement celui d’envoyer un micro courant dans une pièce métallique (capteur) que l’on déforme de quelques 100° de millimètre, la déformation empêchant le courant de passer normalement, la différence entre l’entrée et la sortie donne une valeur qui une fois traitée donne le poids. Les réglages ne se font qu’en tournant des potentiomètres, mais déjà apparaît les appareils dit «autoréglable»

Différents types de capteurs

Traction,flexion,compression... Capteur de compression Capteur de flexion


        Une fois le poids réduit a une simple valeur électrique, l’imagination humaine grâce à l’informatique n’a pratiquement plus de limite tant au point de vue forme que fonction. Indicateur à distance, imprimante sophistiquée, périphérique d’ordinateur.....etc !
Indicateur à distance Balance compteuse

Balance poids-prix Balance avec ticket Balance
avec colonne
et ticket
Balance libre service



        Le Pesage public

        On désigne sous le nom de Poids Public, un bureau, une bascule ou un pont bascule institué par l’autorité publique pour peser et mesurer, moyennant une rétribution, les différentes denrées et marchandises qui y sont présentées par les parties intéressées.
        Les marchés Grecs et Romains étaient déjà pourvus de balances et de poids conformes aux mesures étalons. Tous les étalons Romains garnissait un petit édifice qui n’était autre qu’un poids public « pendérarium »
        Au moyen âge les poids différaient d’une province à l’autre voir d’une ville à l’autre. Charlemagne avait essayé de réaliser l’unité des poids et mesures dans son empire. Hélas, son petit fils Charles le Chauve en 844 ordonne « que les prêtres auraient a fournir chaque année à l’évêque un muid de froment, un muid d’orge et un muid de vin à la mesure usitée légalement dans la province »
        L’établissement de poids public bien que fort ancien « Poids le Roy » fut cédé en partie par Louis VII en 1169 à des particulier, à la charge néanmoins de la foi et hommage. En 1238 les droits du Poids le Roi étaient retournés au domaine Royal. En 1322 Charles IV le bel passe un accord avec les fermiers et les marchands Parisiens. En 1384 le Chapitre de Notre Dame se rend acquéreur des droits du Poids le Roi. Le 4 juillet 1691 Louis XIV reprend les Poids Le Roi. Beaucoup de villes avaient un Poids Le Roi 1282 Provins, Troy, Poitiers, Albi, 1371 maintien du Poids le Roi à Villeneuve en Rouergue, à Peyrusse le Roc. Les poids de la ville de Niort sont, en 1552 réparés avec du plomb acheté à La Rochelle....etc
        La loi du 15-28 mars 1790 pose le principe que le pesage et le mesurage dans les maisons particulières seraient libres dans toute l’étendu du royaume, à charge de ne pouvoir se servir que de poids et de mesures étalonnées et légaux. Le 27 brumaire de l’an II (17 novembre 1798) fut pris un arrêté pour la propagation du système métrique décimal. Depuis le décret du 25 mars 1825, les tarifs et règlements relatif aux poids publics sont délibérés par les conseils municipaux.
        Dans l'enceinte des marchés, des foires et sur les ports, on doit avoir recours au peseur ou au mesureur officiel pour toutes opération. Pour les autres, celles qui sont effectuées par les parties elles mêmes ou leurs employés, pour les transaction contradictoires de gré à gré (c'est ce que l'on fait encore aujourd'hui dans les magasins - pesage, légumes , viande ... mesurage, carburant, tissus) et celles qui sont accomplies dans l'intérêt personnel du propriétaire, le pesage et le mesurage sont libres, sous réserve d'êtres effectués avec des instruments réglementaire et régulièrement contrôlés (aujourd'hui présence visible par le client d'une vignette verte indiquant la date de validité du contrôle)

        Les poids


        Les scrupules ne seraient-ils pas lourds a porter !

        Dans la Rome antique, il fallait 24 « Scrupules » (environ 1, 73 gr) pour faire une once. L’once Romaine valant le 12° de la livre (environ 41,60 grs). Pendant ce temps l’once de Paris valait elle le 16° de la Livre (environ 31,30 grs). Et il fallait 2 «Marc» pour faire une livre.
        Une fabrication importante à la charge des balanciers fut celle des dénéraux et poids monétaires, qui devaient servir non seulement aux changeurs pour l’exercice de leur profession, mais à tous ceux qui avaient besoin de contrôler des espèces passant par leurs mains : agents du fisc, banquier, négociants etc... «payer son dû en bons deniers sonnants et trébuchants» de nos jours encore certains Notaire utilisent le terme «en bonne monnaie Française sonnante et trébuchante»
        Charles le Téméraire le 20 décembre 1467 créa les peseurs publics de monnaies, chargés de renseigner gratuitement sur le poids des espèces qui leur étaient soumises.

Boite de changeur de Jacob-Lansen (XVII siècle)


Un atelier de Balancerie en 1763



        Les poids Modernes

        Les deux étalons « mètre et kilogramme » furent déposés aux archives de la République le 4 messidor an VII (22 juin 1799) par l’institut national des anciens et au conseil des cinq-cents. La loi du 19 frimaire an VIII (10 décembre 1799) adopta les étalons du mètre et du kilogramme. «Le kilogramme est la masse du prototype international, en platine iridié, qui a été sanctionné par la conférence générale des Poids et Mesures, tenue à Paris en 1889, et qui est déposé au pavillon de Breteuil à Sèvres»
        Détermination du poids d’un kilogramme : C’est le poids d’un décimètre cube d’eau distillée à 4° et pesé avec la pile de 50 marcs, dite de Charlemagne. Le résultat fut que le poids du décimètre cube d’eau distillé prise à son maximum de densité et pesée dans le vide fut évalué à 18 827 grains 15 centièmes ou 2 livres 5 gros 35 grains 15 centièmes poids de marc. La convention paya la somme de 300 000 livres pour la construction des étalons de poids et mesures. La loi du 4 juillet 1837 « Interdit l’usage et la dénomination de touts poids et mesures autres que ceux établis par les lois constitutives du système métrique » à partir du 1 janvier 1840. Elles le devinrent effectivement.
  • Vérification Primitive: Pour tous les appareils neufs avant leur mise en vente.
  • Vérification Périodique: Pour constater à l’usage si leurs qualités n’ont pas été altérées.
  • Vérification après réparation:(primitive ou périodique suivant le cas) pour tous les appareils réparés ou réajustés

        La sanction des opérations de vérification a été de tout temps, et est encore réalisé, par l’insculpation d’un poinçon distinct pour la vérification primitive et périodique. De nos jours: primitive, poinçon de la bonne foi (deux mains entrelacées) périodique, une lettre en relief par an .

Quelques Poinçons primitif et périodique



        St Michel: Patron des Balanciers

        Le rôle assigné à Saint Michel par la liturgie catholique, qui le qualifie d’introducteur d’âmes dans l’éternité, a valu à l’illustre archange d’être choisi par les balanciers pour leur patron, car c’est lui que les peintres et les sculptures romanes ou gothiques du Moyen Age montre pesant les âmes en présence du souverain juge.

        Bannière de la Balancerie

        Une ordonnance de Louis XI (juin 1407) nous apprend que les balanciers feront, en processions et cortèges, bannière commune, avec les fondeurs, chaudronniers, épingliers et graveurs de sceaux. Mais ce fut sans doute peu après la fin du XV siècle que les balanciers eurent droit à leur propre bannière. Leurs armoiries étaient « d’azur à la balance d’or, accompagnée en chef d’une fleur de lys du même, et en pointe d’un marc d’or »

Blason des Balanciers


Blason personnel de Bernard Thinsselin
Maître Balancier à Figeac

Références utilisées: MÉMENTO DU PESAGE - collection Charles TESTUT - LES INSTRUMENTS DE PESAGE leur histoire à travers les âges – Hermann et Cie – Documents privés-